Adapter la préparation physique à la maturation des jeunes joueurs

Une préparation physique équilibrée c’est un peu comme une alimentation équilibrée.

La détection du potentiel des jeunes joueur(euse)s est courante dans nos activités sportives en compétition. Néanmoins elle est trop souvent tournée vers la recherche de résultats des jeunes athlètes. Cette détection et cette recherche risquent de nuire aux jeunes pour devenir les champions de demain.

Les Fédérations ont créé ce qu’elles appellent les « Parcours d’Excellence Sportive » (PES) dans le but de donner des directives aux entraîneurs (contenus techniques, tactiques, …). Tout ceci dans l’objectif d’atteindre le but ultime pour ces athlètes, à savoir accéder au plus haut niveau possible (Jeux Olympiques, équipes nationales, …).

Malheureusement dans ces directives, la partie développement physique est parfois délaissée. J’ai pu néanmoins constater une évolution depuis un certain nombre d’années. Le principal but recherché par les Fédérations reste orienté vers la performance en compétition au détriment des réels besoins physiques des jeunes sportifs.

Le mode de vie actuel, de plus en plus sédentaire (travail assis dans un bureau, déplacements en transports en commun, …) ne permet pas lui non plus d’y répondre.

La tendance actuelle de la pratique sportive des jeunes se limite à une unique discipline alors qu’une plus grande diversité serait plus appropriée.

C’est la raison pour laquelle de plus en plus de préparateurs physiques, dont je fais partie, tiennent un discours novateur et tentent d’inverser la tendance qui n’est pas suffisamment prise en compte et entendue par certains entraîneurs.

Mon article va vous présenter mes réflexions et mes recherches sur le sujet ciblé sur la pratique du basketball. Mon objectif est de tenter de créer le besoin d’une réelle complémentarité avec les entraîneurs à travers des débats et des échanges.

I) Les risques de la spécialisation prématurée

Ericsson disait en 1993 qu’il fallait 10 ans ou 10 000 heures d’entraînement pour devenir champion olympique. Cette phrase a créée une vague de spécialisation prématurée chez les jeunes athlètes.Cette spécialisation pourrait entraîner un risque d’augmentation des blessures liées à la « surutilisation » des articulations des sportifs (overuse injuries en anglais). De plus, les athlètes n’ayant pratiqué qu’un seul sport durant leur enfance et leur adolescence présentent de plus grandes chances de devoir arrêter leur pratique au cours de leur carrière. D’après une étude publiée en 2017 dans « The American Journal of Sports Medicine » (rédigé par Rugg & al.) il est démontré que les joueurs NBA qui ont pratiqué un seul sport durant leur cursus au lycée présentent plus de blessures graves liées à cette pratique sportive et donc un pourcentage plus faible de matchs joués. Cette étude a été réalisée sur tous les joueurs sélectionnés au premier tour de la Draft NBA (sélection des 30 meilleurs joueurs de moins de 21ans chaque année). Elle a couvert la période entre les années 2008 et 2015 ce qui représente un échantillon significatif et un appui supplémentaire à l’étude. 

Dans mon rôle de préparateur physique en centre de formation de basket féminin je suis vigilant au risque d’augmentation des blessures lié à l’utilisation des mêmes schémas moteurs et par conséquent d’articulations et de muscles dans un même plan anatomique. Je préconise donc de développer un panel plus large de mouvements au cours de l’évolution des jeunes athlètes.

II) Les directions à prendre 

Je vais maintenant vous donner quelques conseils pour enrichir les contenus de vos séances. 

Age chronologique vs Age biologique 

La croissance des athlètes varie selon l’individu et son sexe. Il faut donc parvenir à prédire le pic de croissance des athlètes et d’adapter le contenu physique dans nos séances d’entraînements. Chez les filles, le pic de croissance se situe vers l’âge de 12 ans et de 14 ans pour les garçons. 

Il s’agit de calculer le décalage de maturité à l’aide de l’équation de prédiction de Mirwald & al (2002) qui est à retrouver dans notre guide. Pour cette équation il faut tenircompte plusieurs paramètres : 

  •  Genre 
  •  Date de naissance (en années et mois comme décimale)
  •  Date de la mesure
  •  Taille debout
  •  Taille assis 
  •  Longueur jambe (taille debout – taille assise)
  •  Poids 

Plus les mesures sont réalisées proche du pic de croissance plus elles seront fiables c’est-à-dire entre 9 et 13 ans pour les filles et entre 12 et 16 ans pour les garçons.

Vous obtenez alors un chiffre entre -1 et +1 :

  • Une maturité de -1 indique que les mesures ont été réalisées un an avant le pic de croissance 
  • Une maturité de 0 indique que les mesures ont été réalisées pendant le pic de croissance 
  • Une maturité de +1 indique que les mesures ont été réalisées après le pic de croissance 

Pour déterminer le pic de vitesse de croissance en taille (Peak Height Velocity, PHV) et donc déterminer l’âge biologique d’un athlète. Il suffit d’ajouter le résultat à l’âge chronologique quand la maturité est négative ou de soustraire quand la maturité est positive.

Tous ces résultats vont nous donner des indications sur la direction à prendre en termes de contenu physique à mettre en place.

Quels contenus ? 

Créer, développer et optimiser le plus large panel d’habiletés motrices.

Avant le pic de croissance : 

Lors de cette période il va s’agir de construire une base de mouvements la plus large possible qu’un athlète va pouvoir réaliser dans sa carrière sportive. Ces mouvements sont dits « fonctionnels ». Dans cette phase un sportif va devoir par exemple être en capacité de maîtriser un squat complet avec un bâton au-dessus de la tête. Un travail de mobilité et de souplesse peut être également mis en place pendant cette période. Dans la discipline du basket, il va s’agir de développer la motricité des jeunes athlètes autour de la position fléchie (position de référence).

En plus de ça, nous sommes dans une bonne fenêtre pour développer les qualités neuro-musculaires de vitesse. On peut réaliser des petits exercices en duel intégrer à l’activité et surtout sous forme jouée qui est très intéressante pour développer cet aspect du joueur.

Pendant le pic de croissance : 

Cette phase où les gains en centimètres sont les plus importants est critique pour les articulations des athlètes. Il va falloir délaisser le travail de force et de vitesse pour mettre en place un protocole de souplesse et de mobilité pour réduire l’impact des maladies de croissance telles que Sever et Osgood-Schlatter. Le basket étant une activité à risque sur cet aspect compte tenu de la répétitions des sauts.

Il va falloir également adapter la charge d’entraînement pour ces athlètes pour réduire le risque de blessures musculaires ou autre. Ceci est délicat car cela intervient à l’âge où l’on commence à intégrer des structures d’accès au Haut Niveau (Pôles Espoirs, …). Il va falloir réussir à justifier cet aspect préventif. 

Après le pic de croissance : 

Lors des phases précédentes le système physiologique des athlètes était encore immature. Nous allons pouvoir développer les qualités aérobies des sportifs.

De plus, nous allons pouvoir commencer le travail de développement de la force à proprement dite avec l’utilisation de charges additionnelles. Si l’athlète maîtrise un panel large de mouvements de base alors le travail sera optimisé et les gains plus rapides et importants. 

Encore une fois, attention au décalage de 2 années entre les garçons et les filles. Entre deux athlètes du même âge chronologique leur âge biologique ne sera pas le même, il faudra donc individualiser le contenu apporté.

Conclusion 

La spécialisation dans une seule activité augmente le risque de blessures et réduit les chances d’atteindre le haut niveau.

J’ai rédigé cet article pour donner des pistes de travail afin de permettre aux entraîneurs et préparateurs physique d’amener plus de jeunes « potentiels » au haut niveau.  

Retrouvez dans notre boutique un guide pour utiliser la mesure de la vitesse du pic de croissance ainsi qu’un exemple de contenus dans le basketball avec toutes les phases d’apprentissage. C’est le fruit de mes observations et de mes recherches pour une préparation équilibrée.

A très vite sur les terrains !

Clément

Bibliographie  

1) « The associations of early specialisation and sport volume with musculoskeletal injury in New Zealandchildren », Jody McGowana, Chris Whatmana, Simon Waltersa, Journal of Science and Medecine in Sport, Février 2020. 

2) « Late specialization: the key to success in centimeters, grams, or seconds (cgs) sports », K. Moesch  A.‐M. Elbe  M.‐L. T. Hauge  J. M. Wikman, Scandinavian Journal of Medicine & Science in Sport, Mars 2011.

3) « The Effects of Playing Multiple High School Sports on National Basketball Association Players’ Propensity for Injury and Athletic Performance », C.Rugg & al. The American Journal of Sports Medicine

4) « Developing World-Class Soccer Players : An Example of the Academy Physical Development Program From an English Premier League Team », R.Desmond, Strength & Conditioning Journal : juin 2018. 

5) « The 10 pillars for successful long-term athletic development », Journal of Strength & ConditioningResearch, mars 2016. 

6) Qualitative perspectives on how Manchester United Football Club developed and sustained serial winning, David E Horrocks, International Journal of Sports Sciences & Coaching, juin 2016. 

7) An assessment of maturity from atnhropometricmeasurements, Mirwald & al, 2002.

8) Site internet Canada Basketball

9) Site internet Férération Américaine de football

10) La préparation physique du jeune joueur, Aurélien Broussal-Derval & Laurent Delacourt, éditions 4Trainer.

11) Quentin Ott, dans le sillage des All-Blacks.

Crédit photo : Jérôme Le Bris